05 avril 2006

Après la carambouille

Record d’audience battu vendredi soir pour l’intervention de Jacques CHIRAC qui finalement, n’aura rajouté qu’un peu plus de trouble à la crise. Plus la pensée présidentielle est vide, plus elle fait le plein. L’attirance du pays pour le vertige probablement. Reconnaissons au moins au Président un savoir faire extraordinaire en matière de carambouille.

Quelques jours plus tard, après que soit dissipé le rideau de fumée présidentiel, la réalité apparaît désormais clairement : Le C.P.E promulgué – suspendu a vécu dans sa formule initiale. Il sera modifié par initiative parlementaire tandis que le 1er Ministre, désavoué profondément, devra assister au rattrapage de ses erreurs par les groupes parlementaires de la majorité.

La crise a-t-elle pour autant trouvé son issue ? A plusieurs titres, on peut en douter.

Car le problème n’est plus désormais le seul C.P.E. Plusieurs semaines de protestation des jeunes et des salariés ont donné une dimension nouvelle au mouvement social. La puissance des mobilisations et leur durée ne se résument plus à la protestation contre un nouveau dispositif destiné aux jeunes. Est désormais en cause la place de la jeunesse dans une société qui semble ne leur offrir pour seule perspective que la précarité et la déqualification sociale.

Retirer le C.P.E n’est plus un objectif : C’est devenu un préalable. Préalable à quoi ? A redéfinir un projet global pour la place des jeunes dans notre société. Cette interrogation n’est pas destinée au seul gouvernement DE VILLEPIN – ou à ce qu’il en reste. Elle s’adresse pour aujourd’hui et pour les mois qui viennent à l’ensemble des dirigeants de ce pays.

Après le cri de colère des banlieues en novembre dernier, le mouvement massif de quasi révolte des jeunes aujourd’hui oblige désormais les dirigeants politiques à redéfinir profondément les tenues d’un nouveau contrat social.

Confronté aux exigences d’une compétition éco mondiale qui exige plus de souplesse et de rapidité d’adaptation, notre « modèle social » doit être profondément réformé. Peut on continuer à faire porter durablement les efforts sur les plus jeunes, sous payés dans des sous statuts professionnels, et sur les salariés les plus âgés, sommés de prendre une préretraite au plus tôt, pour consolider le statut du noyau central des salariés ? Poser la question c’est y répondre. Un nouveau contrat social devra répartir équitablement les risques et les opportunités entre les générations ; Il devra offrir de nouvelles garanties à des salariés beaucoup plus exposés aux changements brutaux dans leur activité.

De cela, ni Jacques CHIRAC, ni DE VILLEPIN, ni l’U.M.P ne parlent et n’entendent parler – Le « Grenelle social » un temps évoqué rejoint la longue liste des intentions sociales éphémères du Président. Il n’y aura pourtant pas de solution durable aux angoisses des jeunes sans cette vision globale.

L’autre hypothèque lourde sur l’issue de la crise tient au délabrement de notre système politique. On ne compte plus les preuves de ce quasi effondrement (cf blog précédent : Autisme et Institution). Chaque nouvelle semaine de conflit ajoute, s’il le fallait encore, des arguments au réquisitoire depuis longtemps dressé. Derniers éléments du procès : Une conférence télévisée du Président dont le seul objectif est de ménager le 1er Ministre quand la tradition de la Vème oblige le Président à faire assumer leurs fautes à ceux qui en sont responsables ; Et l’issue de crise est confiée au chef du parti politique de la majorité contre toutes les règles démocratiques normales qui voudraient que les affaires de l’Etat soient confiées à un Gouvernement responsable devant l’Assemblée. Une telle confusion des responsabilités et des pouvoirs est sans aucun précédent depuis 50 ans. Elle est la marque de la dissolution de toute forme d’autorité dans notre République, c'est-à-dire la preuve de l’ampleur de ce qu’il faut bien appeler la crise de régime. Combien de temps encore pourra-t-on dissimuler l’évidence ?

Elaborer un nouveau contrat social ; Refonder le système institutionnel : Il faut prendre la mesure de l’ampleur de la tâche si l’on veut élaborer un projet politique qui redonne confiance au pays. Au moment où nous rédigeons notre plateforme pour 2007, saurons-nous nous hisser à la hauteur de ces enjeux ? Ou nous contenterons nous d’attendre une alternance que les maladresses des CHIRAC – VILLEPIN. SARKOZY prépare méthodiquement ?

Notre attitude dans les débats du projet devra être guidée par la réponse que la direction du parti socialiste décide d’apporter à cette alternative. Sans projet véritable, c’est la démocratie qui serait désormais en danger tant les populistes auraient vite fait de s’engouffrer dans le vide politique ainsi créé.

9 Commentaire(s):

Blogger Alexis Bachelay a écrit...

A lire aussi sur le sujet un article d'Arnaud Montebourg dans Libération "Villepin le caprice c'est fini !"

http://www.liberation.fr/page.php?Article=372489

La crise est sociale et politique. Mais n'oublions pas qu'elle est également celle d'un régime, celui de la Vème République.

Qui a dit hier dans le Monde "Personne ne peut plus croire que nos institutions fonctionnent bien".
Réponse : Balladur.
Pour qu'il s'en soit rendu compte, il faut que ça aille sacrèment mal.

Vivement la 6ème République !

14:20  
Blogger Alexis Bachelay a écrit...

Ce message a été supprimé par un administrateur du blog.

14:20  
Blogger Sandra a écrit...

Les types qui depuis des années fonctionnent en se demandant quels avantages personnels découleront d'une stratégie ou d'une autre, et font des choix politiques qui en résultent, on en peut plus ! Chirac pousse le modèle jusqu'au bout en imposant à tout un peuple la volonté d'un homme qui ne représente plus que lui même... et encore. Le jour ou dans toutes les têtes des décideurs, il sera clair que l'ambition collective est prioritaire sur toute autre (quelle que soit sa légitimité), le monde tournera peut être un peu mieux... et on aura effectivement une VIème République en place à la lumière de nos espérances.

17:06  
Blogger StellaSirene a écrit...

Carambouillage et carambolage… L’escroc a en effet quelques accrocs. Et quelle cruelle mise en scène, vendredi:un vieil homme à lunettes, dont la voix fut 30 secondes durant inaudible à cause d'un écho, comme si tout concourait à nous montrer l'image de la fin de règne d'un monarque décalé de la société et enfermé dans sa tour d'ivoire… Quel scandale de l’entendre -lui et d’autres à l’UMP- inciter les jeunes à retrouver leurs salles de cours, alors que depuis deux mois, étudiants et enseignants, entre autres, sont les otages de la guéguerre que se livre au plus haut de l'Etat nos deux rivaux à la présidentielle… Combien d’étudiants matraqués, aspergés à la lacrymo, embarqués ? Merci Sarko, merci Villepin. Tout cela est l’ultime rebond logique du 21 avril 2002, l’exemple ubuesque et baroque s’il en est de la dérive de la Ve République, le symbole pathétique de la coupure entre les dirigeants et la population. Car partout dans ce pays, on disserte sur la crise non seulement sociale mais politique que la France traverse. Et les idées sur ce dernier "post" sont partagées par beaucoup. Espérons donc que le Parti Socialiste, pour une fois, prêtera l’oreille…

18:04  
Blogger Laurène a écrit...

Monsieur, je souhaiterais vous envoyer un questionnaire sur le blog politique à quelle adresse puis-je le faire?
Cordialement,
Laurène.
http://laurene.typepad.com

22:39  
Blogger MATHIS a écrit...

Arnaud est il devenu sourd et aveugle, comment peut il croire Que S. Royal puisse« organiser avec nous l’avènement de la VIe République française ? donner débouché politiqueau refus de l’orientation libérale de l’Europe que le non a exprimé le 29 mai dernier ? construire une alternative durable aux solutions de la dérégulation libérale ? aborder la réforme et le sauvetage du modèle social français ? ».

« une femme qui peut réussir à nous faire gagner "

10:32  
Blogger MATHIS a écrit...

"le piège S.Royal"
Pour info "le piège S.Royal"
A lire Sur:

Blog: Blog à part
Link: http://pat-blog-a-part.blogspot.com/2006/04/le-pige-royal-une-coproduction.html

mercredi, avril 19, 2006

Le Piège Royal !
Une coproduction Institut de Sondage et Médias.
Manipulation, arrogance, ou incapacité… les trois à la fois certainement… Mais trop tard le mal sera fait.
A deux ans des élections, la plupart des médias et les instituts de sondages savent :
- ce que les français pensent, ce que les Français veulent et… ceux qu’ils aiment… . Et jusqu’aux présidentielles, ils vont nous le marteler, nous bassiner.
S’ils se plantent, ils pourront toujours se défendre… On nous a menti ! : « S’ils se sont un peu, beaucoup trompés, c’est qu’on les a trompés ! Car le peuple de France est devenu insondable, qui ment précisément comme il est sondé. » Pierre Georges chronique du Monde daté du 13 mars 2001(parue sous le titre " Les insondables ").

Incapacité: (les instituts de sondage se sont heurtés à des difficultés techniques inattendues, que révèlent certaines incertitudes liées aux redressements et aux méthodes d’entretien [...] ACRIMED).
Quand on est loin des réalités et qu’on utilise des méthodes dépassées, il suffirait de s’appuyer sur sa légitimité d’Institut (de sondage) pour faire autorité.
« Puisqu’on fait parler les autres, on peut donc parler à leur place et puisqu’on peut parler à leur place, a t-on vraiment besoin de se donner les moyens de les sonder ?
Il suffit d’interroger les sondages. Sondons les sondages qui sont dans les médias. Si dans les médias il y a tant de sondages qui disent que S. Royal……. c’est que les médias ont raison puisqu’ils s’appuyent sur les sondages, et que les sondages sont certifiés puisqu’ils sont dans les médias ! » (En tout cas si on s’est trompé : c’est pas nous, c’est les sondés qui disent, et on le sait : les sondés y mentent)
La vraie France est ailleurs. Et comme en 2002…, pour la Constitution, pour les banlieues, pour le CPE,… pour Mai 2006 ?, ils n’auront rien anticipé, rien prévu, rien compris.


Arrogance : Prendre ses désirs pour des réalités et prévoir l’avenir doit donner ce sentiment de puissance et de supériorité qui fait traiter par le mépris tout travail d’enquête et d’investigation. Nul besoin de se mêler à la plèbe pour savoir ce qu’elle pense, il suffit de passer sur les plateaux télé. Collusion entre Médias et Institut de Sondage. C’est là qu’on les retrouve, c’est donc là qu’est l’opinion, c’est donc là qu’est la France. La télévision c’est leur bureau, leurs affaires, un commerce. Entre eux, avec la connivence des animateurs, dans leur Peep (pardon)…Privat show TV, ils s’aiment, se complètent, se congratulent, se flattent…. ils font et refont leur France.
Mais, puisque « Vu à la télé » c’est donc un gage de qualité…de vérité !

Manipulation: « les faux prophètes et leurs clients » Cf. :Thomas Ferenczi " Les sondeurs, faux prophètes " édition du Monde du 25 avril... 1995.
A qui profite le crime ?
Projeter S.Royal à l’avant scène c’est d’abord éliminer sans combat (d’idées) les autres présidentiables à gauche. C’est la garantie d’étouffer toutes réflexions sur les méfaits du libéralisme. A droite, comme chez les ténors du PS, il y a trop de danger à raviver les débats constructifs activés lors du référendum sur la constitution (fini le rêve d’une société plus juste, solidaire et sociale, finie l’harmonisation sociale et fiscale, la 6eme République…).
C’est ainsi que fonctionne le piège Royal. C’est la bonne candidate car elle n’a rien de particulier à dire. Ce n’est pas une critique de la personne, c’est une question de projet.
Ce ne sont plus les militants qui décident du candidat PS, mais les médias et les Instituts de sondage : Puisqu’on vous dit que c’est bon ! Que c’est elle !
Mais elle, qu’est-ce qu’elle en pense ? qu’est ce qu’elle en dit ? Ah, ben rien. … mais s’il fallait vraiment…si on la demande très fort… ? en tout cas elle ne peut rien dire sur le programme puisqu’elle n’est pas candidate…
Ben, à deux ans des élections, c’est comme même un peu tôt pour faire de la politique.

A droite Sarkozy s’en frotte les mains, il la trouve très sympathique et pour cause… (Il a prouvé que c’était un maître en matière de stratégie politique, son appréciation devrait rendre certains plus méfiant).
A Solférino elle va faire l’unanimité chez la plupart des militants. Ne dit-on pas que le PS est un parti d’élus et de petits vieux. Les élus, ceux qui n’ont plus d’avis tant ils s’accrochent à leur(s) mandat(s), et ces anciens (les légitimistes, un chef une tête) qui sont mystérieusement réapparus aux urnes et aux petits fours, lors du vote interne sur le référendum de la constitution.

Le piège à gauche c’est d’y croire et de s’y résigner. De concessions en concessions, finie l’envie de se battre. Il serait plus facile de garder son mandat et sa respectabilité en surfant sur l’opinion des instituts de sondage et des médias. Il faut du courage pour s’en affranchir. Aujourd’hui, quitte à être à contre courant de l’opinion publique, il devient moins risqué d’épouser le médiatiquement correct, (voir les réactions après le référendum sur la constitution). Il est plus confortable de jouer les acteurs d’une mise en scène programmée que de défendre ses propres valeurs.

Holà ! Montebourg (qui a dit : Nouveau Parti Socialiste ?), Mélenchon, Emmanuelli, Fabius ou d’autres… n’y a-t-il personne aujourd’hui au PS capable d’imposer ce débat d’une gauche alternative ? Peur de la division ? Mais la division elle existe déjà entre les Oui et Non au PS. Un clivage net entre deux visions de la société que les Français ont bien perçu, et qui va au-delà du clivage dépassé Gauche/Droite traditionnel.

Ainsi que reste-t’il des valeurs de « Gôche » au PS ?
Un seul slogan : « Il faut gagner ». Gagner à tout prix, car seule la victoire devient un but en soit ! Gagner même par défaut, gagner c’est le plus important. Peu importe les idées, les valeurs, le programme. Plus besoin de projets, il suffit de se coller aux cortèges des manifestations, de se faire voir quand le peuple est en colère et d’attendre la virtuelle et mécanique victoire par anti-sarkozysme. Aujourd’hui, faute de réelle alternative, on ne doit pas chercher à voter pour…, quand il suffit de voter contre… et le piège se referme. La leçon d’Avril 2002, ne sert à rien

Alors ! Nous, pauvre petit peuple de gauche, devrons-nous encore attendre longtemps (vainement) dans les propos de nos présidentiables PS l’affirmation d’un projet de société. Le clivage entre une droite/gauche libérale, et une gauche riche de l’alternative ?

MATHIS

17:01  
Blogger mlyc8yaie64zr a écrit...

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10:04  
Blogger Jean-Paul Négrel a écrit...

HALLUCINANT LA SEGOMANIA !

Je suis de ceux qui n’oublient pas que Ségolène a approuvé un texte néolibéral appelé TCE…n’en déplaise aux camarades du OUI, certainement peu nombreux au sein de RM.

En dehors de ce « détail », qu’est-ce qui est hallucinant ?

1/ C’est de voir des camarades (…et non des moindres !) trahi(e)s précédemment alors qu’ils (elles) étaient au Nouveau PS, rééditer la même trahison en se ralliant à présent à Ségolène , qui n’a pas, que je sache, approuvé au Mans notre projet de VIe république !

2/ C’est d’assister à ce mouvement de ralliement apparenté à celui d’un mammifère laineux et bêlant, à une candidate NON porteuse d’un quelconque projet politique clair !
(RAPPEL : notre projet PS est EN COURS d’élaboration…)

3/ C’est de savoir que Ségolène est une admiratrice déclarée du Blairisme, action politique ayant peu à voir avec le socialisme et beaucoup avec le NEOLIBERALISME…et que cela ne semble pas interpeler outre mesure les "rallié(e)s"

QUESTION : pour certain(e)s ce ralliement est-il motivé par une démarche sincère basée sur une analyse objective, ou bien autre chose…par exemple, comme on l’a vu pour le NPS, par une posture basée sur certaines d’ambitions politiques personnelles quelque peu carriéristes ?

CONCLUSION : quoi qu’il en soit, il va falloir rapidement procéder à une URGENTE CLARIFICATION au sein de RM ...sans celà, nous risquons un nouveau CLASH!

CAR A QUOI BON ADHERER ET MILITER A RE NOVER MAINTENANT,SI C’EST POUR SE RALLIER A UNE CAMARADE, SI SYMPATHIQUE SOIT-ELLE, MAIS QUI N’A JAMAIS SOUTENU NI NE PARTAGE NOTRE PROJET DE Vie REPUBLIQUE ET D’EUROPE SOCIALE?

20:26  

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