26 novembre 2005

Long road to le Mans 16(der):Epilogue et epitaphe

C'est donc l'Arche qui a été choisie pour mettre un point final au Congrès du Mans.Pouvait-on trouver meilleur symbole pour donner son visage définitif à l'improbable rassemblement quasi général du parti? Telle l'embarquation chère à Noé, regroupés sur le frêle esquif de la syhthèse générale, les dirigeants socialistes espèreront des jours meilleurs dans la tempête sécuritaire que le cynisme des dirigeants de droite a déclenché pour restaurer une popularité qui s'étiolait. Le parti est, selon eux, en ordre de marche au chaud dans ce douillet abri. Curieuse destinée d'un parti vieillissant qui préfère plutôt l'ordre pour lui même que le mouvement revivifiant de la diversité.

Cette synthèse est une erreur. Ou plutôt comme un mirage dans le désert des projets. Vu de loin, c'est beau et ça fait du bien. Mais plus on s'approche, et plus on voit que ce n'est qu'une illusion. Après le 29 Mai, nous avions besoin d'une demonstration de capacité de nous rassembler. Avions-nous besoin pour autant d'en payer le prix d'une motion finale confuse, sans arbitrages réels et sans véritable inflexion de ligne? Dans la volonté frileuse de montrer quoi qu'il en coute le visage de l'unité,on retrouve les germes du recroquevillement sur soi du parti et de la remise au pas des minorités qui ont conduit à l'échec de 2002. Un premier secrétaire visionnaire aurait fait le choix inverse de celui qu'a realisé Francois Hollande. Confronté aux interrogations et aux divisions actuelles de la gauche, il se serait appuyé sur la majorité qui l'avait élu, aussi fragile fut-elle, tout en étant garant des droits de son opposition; Ainsi organisé notre parti aurait été la chambre d'écho des débats au sein de la gauche et le lieu permanent d'élaboration de compromis. Sa capacité de rassemblement et d'entrainement en aurait été autrement plus grande.
Son choix fut autre. Ici ou là, l'unité affichée peut rassurer et faire du bien. Mais quel risque! Si dans quelques mois, alors qu'approcheront les désignations, les querelles reprennent, que restera-t-il de l'esprit du Mans? Combien nous coutera alors cette nouvelle désillusion?

Pour réaliser cette synthèse certains se seront beaucoup donnés. D'autres se seront damnés. Reconnaissons à F.Hollande et à ses proches un savoir faire d'appareil hors du commun. Résister aux équilibres internes de la motion 1, ignorer le retour du toujours sémillant retraité de l'Ile de Ré, s'entendre ensuite avec L. Fabius pour endiguer définitivement tout retour de Lionel, recalibrer les résultats du vote pour que chacun soit heureux et diviser pour toujours le NPS: l'ouvrage a été realisé pleinement. Il serait injuste de ne pas le souligner et nécessaire pour la suite de prendre la mesure de ce savoir faire d'appareil.
Une oeuvre aussi parfaite doit beaucoup aux alliances de circonstance qu'elle a su nouer. Avec L. Fabius,c'est pour l'instant un simple échange de services: je te remets dans le jeu; Tu me redonnes une légitimité renforcée de 1er secrétaire. Avec V.Peillon et H.Emmanuelli c'est plutôt un jeu de dupes dont le député des Landes sort gagnant. Vous venez dans la synthèse, dussiez vous y laisser votre oeuvre depuis 3 ans, et vous serez récompensés en retour. H.Emmanuelli devient un des principaux responsables du projet. V.Peillon lui attendra 2007, son véritable objectif et se glissera douceureusement dans la majorité de la majorité avant que d'espérer être alors le successeur de F.Hollande au prix de nouvelles trahisons dont il n'est pas avare. Mais fallait-il payer ce prix, le sacrifice d'Arnaud et de l'oeuvre commune NPS pour cela? Le projet de rénovation entrepris à Dijon, qui n'aura finalement hébergé que quelques semaines H.Emmanuelli (pour un retour sur investissement maximum) était-il finalement si fragile que quelques postes de direction suffirent à le brader? Combien de militants sincères, trahis dans leurs convictions et dans le mandat qu'ils avaient donnés à leurs délégués, pour la satisfaction de quelques uns? Pour avoir assisté aux dernières heures de NPS avant que le crime ne soit commis nuitamment et signé par V.Peillon le lendemain matin à la tribune du Congrès, je sais la somme des petitesses qui l'ont rendu possible. Je sais aussi l'acharnement qui a été mis à trahir,jusqu'à refaire secrètement la composition du bureau national pour en éradiquer tout les amis d'Arnaud (quelle injustice pour Francoise)quelque fusse leur part de travail dans la création de NPS, sans qu'aucun ne s'en émeuve, faisant mine de le découvrir benoitement. La page est close désormais."L oeil était dans la tombe et regardait..."

Souhaitons donc bonne chance à cette nouvelle équipe. Légion romaine soudée derrière la synthèse au Mans, elle est depuis ce matin armée mexicaine de 45 secrétaires nationaux, un record. Souhaitons aussi pleine réussite à nos anciens camarades de route, ceux qui il y a quelques mois disaient "Ni Hollande,ni Fabius" et se retrouvent aujourd'hui secrétaires nationaux de F.Hollande,dans une majorité où figure L.Fabius. Ou ceux qui n'avaient "qu'autonomie de NPS" à la bouche pour finalement organiser eux même notre dilution. Quant à nous, nous allons réfléchir aux moyens de contribuer à la réussite de ce parti que nous aimons tant. Nous avons plus que jamais la volonté de le servir, d'y apporter nos idées, notre force militante et nos projets. Nous ferons tout ce qui est en notre possible pour qu'il puisse gagner en 2007. Mais nous le ferons tel que nous sommes: Libres,assez peu dociles,préferant toujours le risque du mouvement au confort des certitudes ressassées,ouvert sur une société qui est à des années lumières de nos dérisoires joutes internes,imaginatifs surtout. Posé à terre au Mans puis piétinés par ceux qui s'étaient pourtant jurés de le servir,le drapeau de la rénovation est à nouveau en main. Préparez vous à nous aider à lui redonner toutes ses couleurs.

Epitaphe:

De ce qui nous a réuni, je ne veux garder que le meilleur. Des heures et des heures de débat, de travail, des nuits entières à écrire, des voyages partout en France, des vacances sacrifiées, un engagement de tout les instants. Des militants passionnés, femmes et hommes qui trouvaient là l'espoir de pouvoir changer le cours des choses. Des adhérents nouveaux qui surmontaient leur scepticisme vis à vis du parti pour venir nous aider. Des moments de bonheur, les 2 premières édition de Fouras,la Sorbonne. Des minutes précieuses en bureau national où nos combats perturbaient l'implacable machine majoritaire.
Des visages amis,des rencontres: Christian,Francoise,Yvette,Karine,Valérie,Gérard,Mickael,Hélène,Jean,
Antoine,Gaelle,Etienne,Béatrice,Anne-Flo,Paul et tant d'autres. Arnaud bien sûr qui jusqu'à la dernière heure préféra résister en notre nom quoiqu'il lui en coute plutot que vivre à genoux.

Rien,jamais, n'effacera cela. Aucun regret non plus. Alors que tout depuis cet été annonçait ta fin tragique, avec d'autres nous avons tout fait pour te sauver; Une résolution unanime à Fouras-jamais appliquée; des mandats clairs donnés aux délégués de défendre nos idées jusqu'au bout-trahis par ceux qui devaient pourtant en être les garants; cette ultime réunion du courant Samedi soir au Mans avant la commission des résolutions où j'ai exprimé le plus profond de ce que je ressentais alors que dans l'après midi même l'accord avec le 1er secrétaire avait été passé et que nous l'ignorions tous. Jusqu'au bout, nous avons tout fait pour éviter le pire. Et dans la nuit encore ,le refus face à l'alliance de ceux qui voulurent le crime et de ceux qui s'y résignèrent par abstention.

Ils sont déja nombreux aujourd'hui,ici, autour de toi; Il y a ces milliers de militants révoltés; ces députés qui ne tremblent pas; ces fédés que nous venons de gagner en ton nom, parfois plus largement que nous l'escomptions. Et tout ceux qui, sans être dans le parti comptent si fort sur nous. En te disant adieu ils font le serment de prolonger par ton oeuvre. Et tandis qu'ils se penchent pour jeter sur toi une poignée de terre et déposer une rose,ils t'entendent leur dire tranquillement, simplement,résolumment: "Impose ta chance,sers ton courage,va vers ton risque.A te regarder ,ils s'habitueront".

Compte sur nous,c'est ce que nous faisons,NPS.

23 novembre 2005

Long road to Le Mans 15 : explication de vote

Karine Berger Thierry Mandon Arnaud Montebourg Christian Paul

Lettre aux militants NPS

Nous avons préféré laisser passer de longues heures de calme avant de nous adresser à chacune et à chacun d’entre vous au sujet des évènements du Congrès du Mans.

Nous avons pris, en notre qualité de membres NPS de la Commission des Résolutions pour la motion 5, tous les quatre, la grave décision, à 3h30 du matin, dans la nuit du 19 au 20 novembre, au moment où celle-ci passait au vote, de ne pas approuver le texte de la motion de synthèse pourtant votée par la très grande majorité du Parti.

Nous avons déclaré que nous ne souhaitions pas empêcher par un vote négatif le rassemblement de tous les socialistes qui le souhaitaient, par loyauté à l’égard de notre Parti comme à l’égard de notre courant NPS, que nous avions fondé avec vous tous, mais qui venait quelques minutes plus tôt, en son sein et contre notre avis, de choisir la synthèse.

C’est en conscience que nous nous sommes, tous les quatre, abstenus, rejoints par Marc Dolez, député du Nord, issu des rangs d’Henri Emmanuelli.

Pendant la suspension de séance qui précéda le passage au vote, chacun des 24 dirigeants du NPS échangèrent leur opinion (Résultat du vote à l’intérieur de la délégation des 24 membres NPS à la Commission des Résolutions : 14 pour, 6 abstentions, 5 contre) : Christian Paul déclara que « le mandat qui nous a été confié par nos militants n’est pas rempli ». Arnaud Montebourg indiqua pour sa part : « il s’agit d’une synthèse à vil prix, ça ne passe pas pour moi ». Henri Emmanuelli répondit : « c’est vrai que c’est une synthèse à vil prix, mais on ne peut pas faire autrement dans l’intérêt du Parti ».

Nous avons mesuré durant cette nuit des Résolutions à quel point cette synthèse à marche forcée ne pouvait que faire disparaître l’âme, l’esprit et la force du projet porté par le NPS depuis 3 ans.

Nous mesurions au fur et à mesure de la journée de samedi, l’écart considérable entre ce que nous disaient vouloir les militants ou les délégués, et la mécanique politique de la synthèse calculée et défendue par certains dirigeants NPS comme devant être la solution aux problèmes actuels du Parti et de la gauche.

Notre choix fut celui de nos convictions de toujours et du mandat qui nous a été confié que nous avons préféré continuer à défendre. Ces convictions sont celles pour lesquelles nous avons tant travaillé et bataillé tous ensemble, plutôt que l’unité artificielle du Parti constituée au détriment des valeurs, des projets et des idées que nous portons.

Les trois sujets principaux sur lesquels nous avons butté pendant la nuit des résolutions parlent d’euxmêmes de l’incapacité du Parti à remettre en question une certaine forme de conformisme que le NPS avait précisément pour objectif d’aider à faire reculer dans l’esprit général du Parti. Ils sont les éléments de l’identité du NPS : mondialisation, Europe, question démocratique.

1 – Mondialisation

D’abord l’affaire fondamentale du Tarif Extérieur Commun aux Européens. C’était une révolution intellectuelle et politique que le NPS proposait, depuis le congrès de Dijon, à notre Parti d’accomplir, celui-ci s’y étant obstinément refusé jusqu’à présent.

Venue des mouvements alter-mondialistes comme de la gauche américaine, l’analyse des dégâts de la mondialisation dérégulée a conduit de nombreux penseurs politiques à remettre en question le commerce mondial libre et sans entrave. Il s’agissait d’imposer la reconnaissance de la concurrence déloyale et la nécessité de la combattre dès lors qu’elle portait atteinte aux droits sociaux des salariés et des citoyens et aux intérêts environnementaux de la planète.

Nous avons porté cette question à un très haut niveau de visibilité dans le débat public du Parti et du pays. Il faut rendre hommage à Henri Emmanuelli d’avoir contribué à cette bataille d’idée dans le Parti. On ne dénombre plus les interventions convergentes de NPS et de NM aux différents Conseils nationaux. Sa tournée des délocalisations pendant la campagne du non a installé cette idée dans le pays un peu plus solidement.

Sur ce sujet, le texte de la motion NPS était absolument convaincant et brillant, rédigé par l’un de nos universitaires, Etienne Morin et à peine retouché à l’arrivée des amis d’Henri Emmanuelli à l’automne.

Notre amendement, extrait de notre motion, a été refusé. L’âpre discussion menée pendant la nuit par Henri Emmanuelli et soutenue par Arnaud Montebourg a montré à quel point les résistances intellectuelles et politiques étaient invincibles. Le discours inamovible sur la mondialisation heureuse et profitable nous a été une nouvelle fois servi…

Karine Berger fut envoyée comme négociatrice sur ce sujet avec la majorité représentée par Harlem Désir. Voici sa narration des faits extraite de son blog (http://sortirdelimpasse.hautetfort.com/) « Le Mans : la nuit des résolutions » :

« J’ai été envoyée en tant que négociatrice sur le tarif extérieur commun : après 20 minutes de discussion très tendue avec Harlem Désir, le texte proposé disait seulement que les droits de douane existaient depuis toujours et qu’il n’étaient pas employés suffisamment. Le demande de NPS de mentionner la concurrence déloyale par la mise à mal des critères sociaux dans autres les pays était refusée : à ce stade la version de notre amendement était mise de côté, ce qui ne convenait pas à Henri Emmanuelli. Je pense que c’est pourtant dans cette version que l’amendement a finalement été accepté. L’expression officielle du rapport est d’ailleurs : «les instruments qui existent ne donnent pas satisfaction notamment parce qu’ils ne sont pas suffisamment utilisés. Les socialistes s’engagent à explorer la mise en oeuvre d’outils susceptibles de mieux protéger l’industrie européenne et son avenir. ». La question des délocalisations, et surtout de la concurrence par le biais du dumping social est bel et bien écartée. »

L’abandon du sujet est total, et la promesse de « l’engagement d’explorer la mise en oeuvre d’outils susceptible de » nous a ridiculisé en place publique.

2 – L’Europe

C’est un sujet sensible sur lequel le NPS a apporté une contribution décisive dans le débat public. Critique des conditions de l’élargissement en mai 2004, critique du Traité Constitutionnel Européen, travail sur le projet de République européenne.

Sur ces sujets européens en débat pendant la nuit des résolutions, nous avons progressé sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance. Mais s’agissant de l’indépendance de la Banque Centrale, il nous a été refusé que nous inscrivions les combats du parti au sein du PSE dans la perspective de la fin de l’indépendance. Nous avons dû nous contenter de la mention qu’elle rende des comptes au Parlement Européen sans aucune précision.

Le Traité social a été consenti mais les critères de convergence sociale, instrument de la lutte contre le dumping social explicitement mentionné dans notre amendement ont été écartés.

Enfin, la République Européenne, c'est-à-dire la construction politique de la future Europe fédérale, a disparu pendant les discussions. C’était un élément important de notre identité politique qui n’avait aucune raison de disparaître du débat pour se transformer en un bien ambigu « attachement à la perspective d’une Europe fédérale », ce qui ne perturbe guère –chacun en conviendra- les bonnes convenances politiques sur ce sujet dans le Parti.

Pourtant, le combat que notre Parti doit engager dans le PSE est d’une dimension aussi urgente que considérable. Les Etats-Nations se sont désarmés à l’excès, et l’absence d’outils politique sur le plan supra-national et européen pour répondre aux échecs de la zone Euro comme à la crise sociale, met en péril jusqu’aux partis socio-démocrates des pays membres.

Avoir accepté de remettre à plus tard l’ouverture de ce chantier ambitieux est une erreur collective pour le Parti et le NPS n’a pas joué le rôle que ses militants lui ont donné.

3 – La question démocratique

L’avancée vers la 6e République est depuis le congrès de Dijon l’un des combats que nous menons contre la frilosité et l’immobilisme de notre Parti. Déjà, à Dijon, la Commission des Résolutions s’était séparée sur ce point constatant l’impossibilité de la synthèse.

Ce congrès était pour notre projet de revitalisation démocratique du pays, la dernière chance avant l’élection présidentielle de 2007, sur fond de montée dangereuse de populisme, les socialistes devaient affirmer dans leur programme le désir et le choix ambitieux de régler le problème du discrédit du système politique et de sa décomposition morale qui servent les intérêts de l’extrême droite et de la droite dure incarnée par Sarkozy.

S’interdire, comme ce fut le cas pendant la nuit des résolutions, d’afficher l’ambition et la volonté de construire tout autre chose que le système existant, c’est s’interdire implicitement de combattre le bonapartisme ambiant, devenu autoritaire et martial du patron de l’UMP, et c’est accepter d’être sur ce terrain en infériorité politique alors que nous aurions, en obligeant nos camarades de la majorité à évoluer, pu proposer une alternative au pays d’ampleur formidable.

La stupide persécution dont fut l’objet notre projet de 6e République dans ce congrès a eu lieu à un moment où ce sujet progresse dans le pays. Allons-nous laisser à l’UDF de Bayrou ce sujet ? Allonsnous l’abandonner au PCF, et à l’extrême gauche qui vient de décider de s’en emparer ?

Cette liquidation du sujet vient de nous faire perdre 7 années, puisqu’il faudra attendre un quinquennat de plus pour espérer réaliser ce rêve de changement de la politique.

Elle fut d’autant plus douloureuse pour nous qu’elle fut instrumentalisée par l’un des dirigeants du NPS qui à la tribune du congrès écrasa, en notre nom à tous, sous les applaudissements de certains délégués de la majorité, d’un coup de talon notre si beau projet.

Ainsi la synthèse fut faite à vil prix. Nous n’avons pas voulu ajouter à une défaite de nos convictions le déshonneur d’y avoir consenti.

Pendant cette nuit des résolutions, nous avons mesuré de nos yeux que cette synthèse à marche forcée ne pouvait que conduire à faire rentrer dans le moule trop conformiste du Parti le projet de la rénovation que nous avons pris tant de peine à bâtir depuis 3 ans. L’échec à faire ingérer par le logiciel du Parti Socialiste, nos propositions de réarmement de la politique sur le plan mondial, européen et national renvoie à l’échec de l’entreprise rénovatrice elle-même. La mission que nous nous étions assignés n’était-elle pas de reconstruire les outils politiques nécessaires à la réussite d’une gauche au pouvoir ?

Le travail que le NPS avait engagé depuis la Sorbonne en octobre 2002, n’a pas été accompli pour lui-même. Il devait servir à la rénovation de notre Parti, après les désastres de 2002 et 2005.

Et c’est conscients de nos lourdes responsabilités dont nous avons toujours fait preuve dans l’intérêt collectif du Parti, que nous servions la cause des idées, du renouvellement du projet en vue d’assurer notre victoire collective en 2007.

Aucune de ces raisons d’être et d’agir pour le NPS n’avait disparu au soir du 19 novembre avant la nuit des résolutions. Et ce travail que nous proposions à tous les socialistes ne pouvait pas s’arrêter ni se figer avant que le projet du candidat à l’élection présidentielle ne soit établi.

La synthèse va dérouler désormais ses conséquences. Des camarades issus de la motion 5 vont entrer dans la direction. Toutes les décisions seront prises à l’unanimité des courants et nous engageront. Le consensus obligé n’est utile que lorsque les idées sont claires pour agir. Voici désormais notre Parti immobilisé en légion romaine, figé jusqu’en 2007, empêchant désormais le débat d’orientation et toute inflexion sérieuse et profonde dans le projet du futur candidat. Notre NPS, notre oeuvre collective sera comme le souriceau prisonnier des serres de l’aigle. Ses militants, comme tous les militants socialistes, ont pourtant besoin de continuer à porter nos idées au rayonnement desquelles la synthèse a mis un coup d’arrêt.

Enfin, nous avons perdu la bataille de la rénovation des pratiques puisque l’unanimité ne permettra pas de s’attaquer aux fédérations qui ont posé quelques problèmes dans ce congrès. Elle sera, à tout le moins, fictive.

Pour justifier notre choix, notre camarade Henri Emmanuelli a invoqué l’intérêt supérieur du Parti de se réunifier. Il est vrai que les batailles entre socialistes épuisent autant les socialistes eux-mêmes que l’opinion. Mais ce sont les querelles de candidature et d’ambition qui fabriquent le désordre actuel et non les débats d’orientation aujourd’hui encore bien insuffisants et trop peu internes pour régler les problèmes que le Parti rencontre au contact de son électorat naturel.

Nous aurions pu concilier autrement le souci légitime de l’unité tout en ne compromettant pas celui de la rénovation. D’ailleurs, exiger de faire les deux eût été le meilleur service qu’il nous aurait été donné de rendre au Parti.

Comme l’avait dit Jean Jaurès au congrès de Toulouse en 1908, « mieux vaut des différences sur des formules claires qu’un accord sur des formules obscures ».

Mais, imprégnés de nos lourdes responsabilités, nous n’avons pas combattu la synthèse. Nous nous sommes contentés de ne pas la soutenir, ce qui préserve notre liberté de militants soucieux de jeter toutes nos forces dans la victoire en 2007.

Que faut-il faire maintenant ? Nous ne voulons pas nous résigner à voir partir en fumée notre rêve politique.

Dites-nous où vous en êtes, et réfléchissons ensemble à la manière la plus utile pour notre Parti de nous comporter.

Il est parfois des moments douloureux de la vie publique où l’on doit affronter la vérité de ses convictions et assumer la difficulté de ses conséquences.

On ne laissera pas dire que ce serait se perdre dans on ne sait quelle pureté que de défendre à juste prix ce en quoi on croit.

La période politique qui s’ouvre devant nous sera très difficile, elle aura besoin d’hommes et de femmes capables de tracer une ligne droite et claire dans le ciel de l’espérance du peuple de gauche, qui comme toujours a la lourde charge de redresser le pays, dont l’esprit civique faiblit chaque jour un peu plus.

Nous avons eu pour soin d’être d’abord nous-mêmes. C’était une manière d’être aussi un peu vous-mêmes.

Recevez, chères et chers camarades, les marques sincères de notre fidèle amitié et de notre dévouement à la cause socialiste.


Christian Paul Arnaud Montebourg Thierry Mandon Karine Berger


Ci-dessous : Texte des amendements de la motion 5 discutés pendant la nuit des résolutions, commentés dans la présente lettre.



AMENDEMENT : POUR UN TRAITE SOCIAL

Nous devons élaborer un traité social européen qui seul peut garantir la cohésion sociale.

L’effort doit d’abord être ciblé sur les citoyens des nouveaux Etats membres. En leur proposant une véritable perspective de relèvement à moyen terme des salaires et du niveau de protection sociale, il sera possible de tenir les engagements qui ont pris envers eux au lendemain de la chute du mur de Berlin. A cet agenda figureront le retrait de la directive services, le rejet de la directive temps de travail et l’adoption d’une directive sur les Services d’Intérêt Général. La création d’un salaire minimum européen et d’un revenu minimum européen, mis en œuvre de façon graduelle et prenant en compte les différences de pouvoir d’achat, ainsi que le renforcement du cadre légal européen en cas de licenciement collectif afin de prévenir efficacement les délocalisations sont aujourd’hui nécessaires.

Il conviendra, ensuite, de progresser vers la convergence sociale des Etats membres avec des critères à atteindre en 10 ans :

- un emploi pour tous : taux de chômage inférieur à 5 %,
- une société solidaire : taux de pauvreté inférieur à 5 %,
- l’égalité des chances : taux d’illettrisme à l’âge de 10 ans inférieur à 3 %,
- solidarité avec les peuples du Sud : aide publique au développement supérieure à 1 % du PIB.

Enfin, les socialistes défendront un moratoire sur les libéralisations tant qu’une directive-cadre n’aura pas garanti la pérennité des services publics dans des secteurs comme La Poste, l’énergie, les transports, le contrôle aérien. Le refus de la marchandisation de l’éducation, de la culture, de la santé et du corps humain doit être réaffirmé.

AMENDEMENT : POUR UN TARIF EXTERIEUR COMMUN CONTRE LES CONCURRENCES DELOYALES

Le marché commun européen des débuts des années 1960 s’est organisé dans le cadre d’un libre-échange tempéré, conçu au nom de l’intérêt général des entreprises et des populations, articulant ouverture intérieure et protection extérieure sous la forme d’un tarif extérieur commun et d’une pratique commune des contingents d’importation.

Ce modèle reste plus d’actualité que jamais. Il doit permettre de réintroduire la loyauté dans la concurrence effrénée que se livrent les pays au plan mondial et de disposer des outils concrets d’une régulation sociale et environnementale des échanges commerciaux internationaux. Organisé sur une base européenne, le tarif extérieur commun matérialisera l’existence de marchés communs continentaux ou régionaux destinés à réguler la mondialisation. L’établissement de règles sociales et environnementales minimales applicables aux fournisseurs de l’Union, à l’instar de ce qui existe déjà en matière de normes techniques applicables aux produits importés, pourrait être la condition sine qua non d’une libre importation dans l’UE. Un calendrier précis de progression des normes sociales exigées permettrait de tenir compte des faiblesses respectives des Etats et de leurs niveaux inégaux de développement. En cas de manquement aux règles, le tarif extérieur commun serait appliqué. Il constituera ainsi un levier puissant pour faciliter la convergence par le haut des modèles sociaux.

AMENDEMENT : POUR UNE REPUBLIQUE EUROPEENNE

L'Europe s'est construite sur la base d'une coopération entre les gouvernements des Etats-membres, et ce, avec l'approbation de ses citoyens. Ce processus a été lent, graduel, et néanmoins continu; il a transformé la réalité de notre continent, créant de nombreux acquis communs, comme la PAC, le marché unique, ou encore l'Euro, si bien qu'il a fini par exercer une force d'attraction pour d'autres pays qui ont voulu participer à cette belle réussite.

Dans le même temps, la gestion de nos affaires communes est devenue plus complexe, et le déficit démocratique n'a cessé de se creuser, en partie parce que les décisions politiques sont prises entre gouvernements des Étatsmembres, et que les citoyens n'ont pas la possibilité de censurer ou de révoquer cette gouvernance sans gouvernement; pis encore, les démocraties ne deviennent plus que l'ombre d'elles-mêmes lorsque plus de la moitié de la législation des parlements nationaux ne consiste qu'en une ratification sans débat de compromis négociés par les gouvernements nationaux.

Espérer qu'une bonne politique européenne mise en oeuvre par de bons dirigeants renforcerait la légitimité de l'Union européenne est une chimère. Depuis longtemps, chacun sait que la coopération volontaire est vouée à l'échec quand un groupe s'élargit. La tentation de demander à d'autres de procéder à des réformes pénibles sans s'y soumettre tout en jouissant des bénéfices liés à ces efforts est d'autant plus grande que le groupe est important et que les règles demeurent peu contraignantes. Dans une Europe à vingt-cinq, l'approche intergouvernementale ne peut plus apporter les solutions politiques dont les citoyens européens ont besoin.

Il est temps aussi de mesurer que le fédéralisme n’est plus la meilleure solution aux problèmes auxquels l’Europe fait face aujourd’hui. Car le fédéralisme doit être redéfini. Désormais, dans une Union à 25, dans laquelle la cohabitation de grandes disparités économiques, sociales et culturelles, le modèle fédéral est difficilement envisageable.

Que faut-il faire? L'Europe a besoin d'un véritable gouvernement. Elu par ses citoyens, il doit répondre à leurs attendes, faute de quoi, il doit pouvoir être révocable à la fin de son mandat. L'Europe a besoin d'un débat politique transnational sur les réformes et les politiques à suivre, et celui-ci ne peut se structurer que si les citoyens ont la possibilité d'élire un gouvernement. Autrement dit, l'Union européenne a besoin d'une union politique avec une réelle démocratisation. Appelons la République européenne. Elle n'est pas un rêve lointain, mais bien plutôt une nécessité concrète si nous ne voulons pas que le rêve européen ne se désintègre, et qu'il fasse le lit du populisme et de l'extrême droite.

L'Europe a besoin d'une République où un gouvernement européen s'occuperait des politiques affectant tous les citoyens de l'Union européenne, et où les gouvernements nationaux s'occuperaient des intérêts des citoyens vivant sur le territoire national ; une République européenne où les citoyens pourraient s'engager ensemble dans un combat politique pour défendre leurs intérêts européens ou nationaux; une République européenne où les partis politiques deviendraient un facteur d'intégration par la force de leurs propos. Cette République européenne ouvrirait de nouvelles perspectives pour l'Europe.

AMENDEMENT : S’ENGAGER POUR LA VIème REPUBLIQUE

La VIème République est un régime primo ministériel.

Dans celle-ci, le Premier Ministre obtient la plénitude des pouvoirs de gouvernement ; il devient le chef des armées et de la diplomatie. Il dispose avec le gouvernement, du pouvoir réglementaire et de l’administration et pourvoit aux emplois publics. Il rend des comptes sur ses propres décisions devant le Parlement ou devant le pouvoir judiciaire le cas échéant.

Le Parlement dispose d’un pouvoir de contrôle renforcé sur le gouvernement. Il élargit ce pouvoir à l’administration par l’évaluation des résultats des politiques publiques et assure la juste et bonne application de la loi. Il peut créer, à l’initiative de la majorité ou de l’opposition des commissions d’enquête, peut s’opposer aux nominations des plus hauts fonctionnaires, contrôle la diplomatie et les négociations engagées par le gouvernement.

Le Président de la VIème République dispose et exerce les pouvoirs d’arbitrage ; il devient le protecteur actif de la Constitution et des citoyens contre les atteintes aux droits et libertés fondamentales. Il prête serment sur la Constitution et devant le peuple de la respecter et de la faire respecter.

20 novembre 2005

Long road to le Mans14:Les risettes du Mans..

Un peu secoué par une nuit difficile en commission des résolutions,quelques déceptions nées du comportements étranges de quelques uns de nos amis et un choix difficile,celui d'être avec 3 autres téméraires ,parmi les camarades qui,autour d'Arnaud Montebourg ont refusé la synthèse en faux semblant rédigée à 4 heures du matin selon les plus élaborées méthodes de l'ancien parti socialiste,je revendique ici le droit à quelques heures de recul.

Très vite vous lirez ici l'épilogue de l'épopée du Congrès du Mans.Commencé il y a quelques mois par l'exclusion et les noms d'oiseaux ,il se termine dans les effusions d'un camaraderie quasi généralisée.La synthèse est forcemment joyeuse.Mais,dans les risettes du Mans ,il y a comme l'annonce du retour prochain aux réalités.L'unité partage avec l'éphémère le sentiment qu'il vaut mieux en profiter vite et peinement.Ne troublons donc pas plus longtemps ces heures de bonheur construites sur la docilité.

Long road to Le Mans 13 : après-midi dans le marigot mancinien

« Ils sont venus, ils sont tous là… »

Après-midi de gala. Dans l’ordre de passage : Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Dominique Strauss-Kahn…Du condensé de crocodiles ; de l’éléphant à haute dose. Revue d’effectifs en majuscule; le Congrès a démarré. Résumons.

A s’en tenir à la musique , l’heure est à la convergence.On ne jure qu’unité, dépassement du 29 mai, nécessité de retrouver un projet mobilisateur, rassemblement, réponse aux attentes de l’électorat de gauche…Les choses se mettent en œuvre. Les socialistes sont d’accord sur l’essentiel. Quelle que soit la clôture de ce Congrès, le désir d’avancer ensemble sera un acquis du Mans.

Bien sûr, personne n’est dupe. Dans les interventions de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn, le côté échauffement avant la prochaine présidentielle est omniprésent. En 20 minutes chacun, c’est parti pour un voyage fantastique : on fait le tour des problèmes de la planète, on répond à l’urgence sociale, on invite toute la gauche à refonder une union durable, on critique le gouvernement sans oublier de convoquer quelques grands anciens, Jaurès ou Blum, ayant la préférence .…. Ce tourbillon programmatique a beau être sans surprise, il n’en est pas moins stimulant. Après 24 heures qui, hormis l’intervention d’Arnaud Montebourg, peinaient à trouver un rythme, cet après-midi redonne du contenu à un Congrès qui jusque là en avait été pudique. Voilà qui fait un peu de bien.

Les plus exigeants seront bien évidemment frustrés : hormis une présentation habile du contenu des textes des motions, il n’y a pas d’idées nouvelles…Les intervenants prolongent en plus fort les débats de ces derniers mois. Selon le regard que l’on porte sur ces motions, on choisira de se faire as cette disette ou de se réjouir de ne pas risquer l’indigestion. Il n’empêche : le débat s’ébauche, tandis que le Congrès s’ébroue. Tant mieux.

D’ailleurs, on s’échauffe avec quelques formules bien choisies : « Sarkozy c’est kärcher et charter » ; « nous ne voulons plus le changement en 100 jours, mais nous voulons le changement du premier au dernier jour »…Je vous renvoie à vos quotidiens préférés pour en retrouver la liste complète ainsi que celle de leurs auteurs.

Mais le plat de résistance, c’est ce soir. Dans la fameuse grande messe sans laquelle il n’y a pas de Congrès socialiste : « la commission des résolutions ». Réunissant, à partir de 21h30, environ 100 responsables socialistes, elle doit préparer si possible un texte dit de synthèse, dans lequel sont sensés se retrouver le plus grand nombre possible de motions. A la lumière des débats de cette première journée et demi, quelque chose me dit qu’il n’y a pas grand chose à en attendre. Il est d’ores et déjà sûr que les socialistes vont faire semblant de s’entendre.

Mais sont-ils en l’état capables de faire plus et mieux ?

19 novembre 2005

Long road to Le Mans 12 : Torpeurs sarthoises

13h30 : salle des débats. Les travées sont vides. Seuls quelques 200 militants s'essaient à écouter les orateurs de fin de matinée. Responsables et élus intermédiaires du Parti, ils interviennent souvent brillamment, avec des convictions fortes, dans l'indifférence générale. Dès qu'il ne s'agit plus du pouvoir, de comment y arriver, ou de ce que l'on pourrait en faire, le Parti fait l'huître. Il se reforme au prix de l'enfouissement en lui-même de quelques perles qui pourtant pourraient incarner son renouveau.

En Congrès, la qualité de l'écoute et l'heure à laquelle on parle sont liées au temps de parole dont on dispose : 3 minutes, c'est mauvais signe : on a droit au tout début de séance ou à la toute fin. 10 minutes c’est mieux : on est intercalé entre les éléphants, quelque soit son destin : étoile montante, ancienne gloire, éternel aspirant. Les éléphants eux ont droit à 15 minutes. C’est parfois court, parfois très long.

Hier soir, comme ce matin, c’est encore la torpeur qui l’a emporté, pardon aux orateurs. Quelques rares moments d’enthousiasme quand sont intervenus les maires de banlieue mais, au hit parade, la palme est sans conteste décernée au film des 100 ans du Parti projeté hier soir. Entre front social et front populaire le Parti de demain se cherche. Il lui faudra manifestement plus d’un voyage au Mans pour se trouver.

Car, question synthèse dynamique, la journée est plutôt au « mistigri ». Tous jurent la vouloir, personne ne la désire vraiment, et l’enjeu véritable c’est de faire porter la responsabilité de son échec à un autre que soi. On a connu volonté d’unité plus farouche.

Au rythme où les choses sont parties, il reste à espérer une après-midi plus tonique. Y sont inscrits la plupart des ténors du Parti.

Cet après-midi au Mans, on joue « les choristes ». Nouveau succès populaire ?

18 novembre 2005

Long road to Le Mans 11 : entre pénombre et médias

Choisir le Mans pour y tenir Congrès est un des meilleurs choix que notre parti ait fait ces dernières années. Car Le Mans ressemble au Parti Socialiste. Que l’on quitte l’autoroute pour rejoindre le Parc des Expositions ou que l’on s’essaye à atteindre le lieu des réjouissances par Le Mans-centre, on est frappé

l’absence de fléchage. Personne ne peut savoir que nous y tenons Congrès. Le Parti Socialiste est devenu un Parti discret, c’est tout son problème. Quant à la route qui mène à ce Parc des Expositions, elle est en pleine rénovation, invitation pour les socialistes à en faire de même.

A en juger par les premières heures de débat, je crains pourtant qu’il ne nous faille attendre un peu.

L’atmosphère d’abord : les débats se déroulent dans une salle immense, à peine décorée, plongée dans une pénombre prononcée dont seuls émergent en fond de scène deux grands écrans télévisés où sont retransmis les débats. Aucune chaleur, aucun enthousiasme. Le Congrès du Mans sera sérieux, il sera besogneux, ou il ne sera pas. Ce ne sera ni un Congrès d’enthousiasme, ni un Congrès de drames et de déchirements. Ce Congrès hésite entre pénombre et médias.

Les débats ensuite : sur scène, les premiers intervenants s’essayent à réchauffer des militants distraits par l’arrivée des éléphants et de leur cortège de photographes et de caméras. Leurs efforts ont la noblesse des causes désespérées. Car ce début de Congrès est morne. Partagés entre inquiétudes nées du climat social dans le pays, lassitude de plusieurs mois de débats internes et craintes que le Congrès ne soit inutile, les militants attendent. Ils espèrent sans trop y croire que quelque chose peut naître des deux jours et demi de débats. Ils espèrent que l’image que nous donneront sera bonne. Ils espèrent deux à trois brillantes interventions au mieux. Mais surtout ils attendent, ils attendent, ils attendent…

Ce Congrès pourquoi ? Dans les travées, le débat du jour est de savoir s’il y aura synthèse ou pas. A la fin du Congrès, les socialistes se retrouveront-ils bras dessus, bras dessous, ou continueront-ils à chercher chacun à leur façon les chemins de la rénovation ? Chacun y va de son pronostic ou de son scénario. Mais tous hésitent, ne sachant des deux maux lequel choisir : faut-il donner l’image d’une unité factice et à durée déterminée ou au contraire assumer les diversités du Parti au risque de paraître divisés ? Le jeu de société du jour c’est le « yoyo » (le vrai, pas celui qui s’est retiré). Parfois au plus haut, la perspective de synthèse redescend aussitôt. Quelques-uns déclarent ne pas la souhaiter quand tous donnent le sentiment de ne pas y croire.

Hésitations, attente, doutes : ces trois coups du lever de rideau du Mans donnent au moins à notre Parti le mérite de ressembler à l’état de la gauche aujourd’hui en France et en Europe. Toute la vérité de ce début de Congrès tient en cela : le Parti Socialiste se résignera-t-il à être un parti de gauche comme les autres ?

13 novembre 2005

Long road to le Mans 10: N'être pas tués par le ridicule.

Les congrès fédéraux viennent de s'achever. Ils n'ont pu commenter des résultats qui restent provisoires, ni clarifier la ligne, puisque chaque jour rend l'arbitrage militant moins net, ni évoquer la mise en place d'une nouvelle direction puisque celle-ci doit découler des 2 premières incertitudes. Jusqu'à ce jour le Congrès n'a donc servi à rien, ni à personne. Et, chaque jour, le ridicule marque des points.

Il y a le "suspense"du résultat final. Au PS, les votes militants c'est comme la corne de brume: Plus vous soufflez fort, plus ça monte. A ce petit jeu, les Fabusiens ont fait montre de réserves pulmonaires importantes. Ils sont ainsi passés de 18% à 21,7%, principalement au détriment de la motion 1(3 points), la nôtre n'étant rançonnée que d' 1 point. Chef d'orchestre de ce retournement: l'inénarrable fédération du Pas de Calais où les bureaux de votes ouvrent dès 8h du matin pour ne jamais fermer! Ridicule devant les Francais, mais ce n'est pas le plus grave tant ils ont bien d'autres préoccupations que notre Congrès, le parti est ridicule aussi devant des journalistes manipulés par une première série de chiffres sans rapports avec la suite.

Il y a ensuite les déclarations martiales des triomphateurs; Palme d'or:Jack Lang lui- même qui annonçait la victoire à 21h30 quand les militants votaient encore (je parle des militants ordinaires, pas de ceux du Pas de Calais qui votent toujours). Puis la cohorte des anciens ministres de la motion1, puis F.Hollande lui-même. Mais à y regarder de plus près quel est le responsable du parti qui aura gagné quoi que ce soit à ce Congrés? Car une sorte de malédiction frappe nos responsables: Plus ils se sont engagés dans cette aventure, moins ils encaissent de bénéfices. En revanche, ceux qui s'en sont soigneusement protégé voient leur image améliorée: Ségolène, Delanoé et plus encore Lionel doivent beaucoup à cette distanciation.Organiser un congrès pour y laisser des plumes quand on en a déjà peu: bel ouvrage.

Il y a enfin, et surtout, les déclarations de ces derniers jours sur la synthèse générale. Après des mois de bataille, des déclarations définitives et des rancoeurs accumulées, il faudrait donner au Mans une image factice d'unité. Qui peut croire que cette farce a une seule chance de fonctionner? Depuis des semaines nous débattons et, pour être heureusement en accord sur de nombreux points nous n'en voyons que plus clairement les divergences entre motions: Sur les préalables démocratiques pour rendre la réforme de gauche possible (6ème République parlementaire, refondation de la démocratie sociale, perspective de la République Européenne, régulation de l'Omc, rénovation profonde du fonctionnement du parti), comme sur certains objectifs économiques et sociaux (droit du travail, contrôle des licenciements, politique salariale...) différentes approches subsistent dans le parti. En une nuit, nous pourrions faire semblant de les occulter? Médias et militants sont-ils de tels naïfs qu on puisse penser qu'une photo de famille bras dessus-dessous de tous les responsables socialistes obtenue à ce prix peut avoir un quelconque effet d'entrainement? Il est préférable d'assumer calmement des désaccords. Depuis les origines séculaires du parti, nous en avons l'habitude.

L'antidote contre la mort par ridicule existe donc. C'est le flambeau de la rénovation que nous devons porter jusqu'au bout, seul espoir que ce parti que nous aimons tant ne soit condamné. Et message indispensable adressé à tous les hommes et femmes de gauche qui, à l'extérieur du parti sont tristes de sa léthargie. Il implique donc une stratégie claire pour le Congrès du Mans:
1.Pas de dilution de nos idées dans le verre à dents d'une synthèse générale sans colonne vertébrale.
2.Candidature alternative à celle de F.Hollande, devant les militants sur une plateforme de rénovation du projet et des pratiques archaïques du parti conformément à notre stratégie de mettre le projet avant toutes choses.

Au Mans, ne nous cherchez donc pas dans les couloirs. Nous n'avons rien à y faire. Nous ne sommes prêts à aucune alliance de circonstance ou a des combinaisons tortueuses. Nous devrons decider en assemblée de délégués du choix clair du refus du rafistolage. Si nous n'arrivons pas à convaincre la commission des résolutions de nos propositions alors nous devrons assumer ce désaccord et présenter une candidature alternative à celle de F.Hollande. Puis nous y tenir. Simplement. Résolument. Calmement. Pour donner ses chances un jour à la rénovation qui est notre combat fondateur.

11 novembre 2005

Long road to le Mans 9:Aujourd'hui,armistice.

Près d'un siècle plus tard, le 1er conflit mondial reste un mystère pour tous ceux qui y réfléchissent. Sans enjeux véritables, il fut le produit d'hommes politiques séniles embarqués dans une aventure qui leur a peu à peu échappé. Débutant comme une heureuse et virile épopée elle s'est achevée sans vainqueur véritable, l'alliance de ceux qui l'emportèrent ayant subi de tels dommages qu'ils allaient mettre près d'un 1/2 siècle à en guérir les plaies. Quant à l'armistice qui devait prévenir à jamais que ne se reproduise un tel conflit, il tint ce que durent les rêves: 20 ans.

Il faudrait être téméraire pour comparer un congrès socialiste à la grande histoire de France. Depuis longtemps nos retouvailles se sont éloignées d'un monde qui nous échappe. Et, quand l'histoire se batit sur les drames, nos congrès sont naturellement convoqués au nom des idéaux que nous professons pour la société:Fraternité et solidarité !Pourtant, aujourd'hui, l'analogie est féconde.

L'enjeu d'abord: pourquoi tenir Congrès? Présenté comme celui de la clarification du projet, il s'est progressivement réduit à n'être plus qu'un conseil de discipline immédiatement suivi du bal des débutantes: Sous les regards surpris de 100 000 militants ont défilé tous les futurs candidats à la candidature présidentielle: Voici Laurent bien sur-cela n'a surpris personne-;puis Dominique ensuite-ne surprenant personne non plus à part peut-être lui-même; Puis Martine et Ségolène, les inséparables. Puis Jack l'éternel; Et voilà que revient Francois l'insubmersible tandis qu'à l'ile de Ré Lionel s'affaire:"Sylviane, fais les valises, on rentre à Paris". Fallait il convoquer 100 000 militants pour cela?

Le vainqueur ensuite: Forcément, c'est le vainqueur qui a gagné. Hommage respectueux donc à la motion1 et à son 1er signataire même si, 48 heures après le vote on ne dispose pas encore des résultats définitifs: même en Irak nouvellement démocratique, ou en Cote d'Ivoire les dépouillements sont plus rapides. Mais de quelle victoire parle t-on:Des 56% annoncés précipitamment à la presse dans la nuit de Mercredi ou des 53% avoués piteusemment par J.Dray un 11 novembre à 17h? Des scores extraordinaires réalisés dans les fédérations des Bouches du Calais et du Pas du Rhone(plus de 70%) ou des pertes considerables observées dans la plupart des autres fédérations, 30 d'entre elles environ devant basculer dans l'opposition. Drole de parti où vérité dans quelques 3 très grandes fédérations impose sa loi à 90 autres. Et quand on se rappelle que ce sont précisemment celles où le divorce entre le vote interne au référendum (70 % de oui) et le vote de l'opinion (70% de non) a été le plus grand, on ne peut que s'inquiéter sur l'état du parti;La rénovation? Oui, et- plus vite que jamais.

Les dommages:Ils sont immenses; La reconduction de F.Hollande et de sa majorité d'anciens ministres n'est pas forcemment le meilleur signe de renouvellement du parti adressé à une opinion bousculée par le 29 Mai; Les accusations de triches et de bidouillages n'arrangent pas non plus l'image du parti. Et les dérapages des derniers jours, culminant avec les déclarations de M.Sapin, ont montré la chaleur des relations existantes entre socialistes. De quelle attractivité peut désormais se prévaloir ce parti tuméfié pour les mois qui viennent?

L'armistice enfin:C'est l'enjeu des débats aux Mans; soit nous trouvons les moyens du rassemblement respectueux de la diversité, et nous colmaterons les degats d'image. Que l'on comprenne bien; cela ne veut pas dire dissolution des apports de tous dans une synthèse générale(cf Lg Road 7) mais tout simplement cohabitation respectueuse et mutuellement profitable de la majorité et des oppositions grâce à l'application de la proportionnelle. Soit au contraire, le conseil de discipline considère qu'il doit terminer son oeuvre et en remet une couche: le parti serait alors en grand danger. Faisons le pari que la sagesse l'emportera au Mans. Mais pour autant, pour être viable, l'armistice devrait etre précédé d'un cessez le feu. Et là malheureusement, on est sûr du pire. Les hostilités présidentielles reprendront dès apres le Mans au sein de l'alliance des vainqueurs.

Tout cela aurait-il pu être évité? C'est l'éternelle question des lendemains de conflit. Elle reste bien souvent sans réponse. Depuis 2002 le parti socialiste aura tenu 2 congrès. Les 2 ont été vains, Dijon par peur et Le Mans par revanche. La rénovation à laquelle nous croyons est encore différée mais elle est désormais à portée de main. Nous ferons tout pour la mener à bien tout en agissant pour éviter qu'une 2ème déflagration après 2002 ne la rende indispensable. Nous avions rêvé du Mans comme un congrès où le chantier de la rénovation du projet, des idées et des hommes serait engagé. Nous devrons nous contenter d'une enième version de la guerre des tranchées. 25% des militants désormais nous poussent à perséverer dans notre combat pour la rénovation. Ce n'est pas encore assez pour porter l'assaut final mais largement suffisant pour ne pas déserter ce combat au Mans.

05 novembre 2005

Long road to le Mans 8: Dans le brouillard...

Tout congrès a sa dramaturgie. Elle dicte la dynamique des débats et finalement leur aboutissement. A Dijon, c'est la peur qui donnait le rythme; reconduction et immobilisme en furent les enfants naturels. En remontant le temps, à Rennes, la déchirure produisit la paralysie, elle-même aboutissant à la debacle de 1993. A Grenoble, la soumission du Congrès à L.Jospin, premier ministre au fait de sa gloire rendit possible le coup de force de l'imposition du quinquennat et l'inversion du calendrier présidentielle -legislative à un parti qui avait toujours défendu le contraire. Chacun garde en mémoire le funeste résultat que cela a donné en 2002.

Mieux vaut donc comprendre la dramaturgie du Mans avant que d'en subir les effets. Dans ce congrès qui se voulait celui de la clarification, la logique véritablement à l'oeuvre est celle de la confusion. Les manifestations en sont tellement nombreuses qu'il est impossible d'en faire le bilan exhaustif. Tenons nous donc à quelques exemples.

A tout seigneur tout honneur, la motion 1 en est le meilleur.
Elle voulait un congrès du projet. Elle annonce aujourd'hui que nous ferons le projet dans une convention après le Congrès. Elle voulait l'unité. Entre successions de déclaration de candidatures à la candidature, de propositions contradictoires, et de préparations de petits meurtres entre "amis"elle est réduite aujourd'hui à afficher ses leaders dans une conférence de presse "impromptue"où Francois et Dominique affichent leur amitié profonde...jusqu'à ce que le toujours sémillant Andrè Labarrère se charge de créer l'ambiance. Elle voulait la vérité mais présente oralement un texte qui n'a plus rien à voir avec celui sur lequel sont appelés à voter les militants. Elle voulait la volonté..mais celle-ci s'estompe un peu plus chaque fois que ses leaders se résignent au retour du vrai-faux retraité de l'ile de Ré. Les autres motions ne sont pas toujours des modèles de clarté et de lisibilité-même la notre n'y échappe pas parfois-mais en matière de confusion, nous sommes de gentils amateurs comparés à la dream team Hollande et associés.

Confusion sur le fond aussi:car, finalement, après 2 mois de débats, sur quoi porte le débat? Sur tout ce qui faisait divergence, la motion 1 s'est employée dans ses déclarations à corriger les oublis ou ambiguités de son texte initial. Dans chacune des présentations orales elle prend un soin méticuleux à insister sur les convergences et à oublier ce qui sépare. Il existe pourtant, et de manière nette une opposition entre 2 logiques: la motion 1 propose de partir du réel et d'y soumettre nos propositions au risque de la résignation. Elle revendique le réalisme. Nous croyons au préalable de réformes de structures démocratiques(6eme république, démocratie sociale, République Européenne) pour rendre la réforme et par le même mouvement la gauche possible; cela se décline concrètement en propositions dont la différence apparait clairement à celui qui sait lire (revenus, fiscalité, droit du travail, Europe, mondialisation...). Mais pour la motion 1 nous disons tous la même chose: c'est à se demander pourquoi nous faisons un congrès.

Confusion enfin sur les positionnements: Dans ce domaine, le meilleur galimatia nous vient du Pas de Calais. Inialement divisé en motion 1 et 2 (les motions sans présidentiable comme la notre n'interessent pas dans ces terres) le Pas de Calais est aujourd'hui réuni dans la plus improbable synthèse que l'on peut se risquer à résumer de la manière suivante: Mieux vaut garder ce que l'on a (Fr Hollande) pour ne pas risquer l'aventure meme si Fabius ferait eventuellement un bon candidat à moins que J.Lang,au cas où Jospin ne reviendrait pas,...et ainsi de suite. Il faut avoir l'esprit créatif de D.Percheron pour arriver à produire un tel équilibre et la tradition militante guédiste du Pas de Calais pour être sûr que les militants suivront quoiqu'il arrive l'aboutissement des élucubrations des chefs. Mais l'oeuvre clarificatrice à laquelle serait attelé désormais notre 1er Secrétaire a manifestement encore quelques territoires à conquérir.


Si la dynamique c'est la confusion, que peut-il désormais arriver? Il y a d'abord les résultats. Car aussi étrange que cela puisse paraitre les militants n'ont pas encore voté; L'actuelle direction a beau expliquer qu'elle a gagné, elle peut même donner les scores avant l'heure, il reste que les militants ne voteront que la semaine prochaine. Donneront-ils un score aussi tranché que ne l'espère la motion1? Misons sur la cohérence de notre raisonnement et parions donc sur des surprises. De la confusion ne peut naitre que l'imprévisible. Il y aura des surprises. Et de fait il ne peut y en avoir que sur 2 terrains. Celui du résultat final:Défaite de la majorité? Large victoire au contraire? Et celui qui résulte de la logique de bipolarisation du parti. En seront-nous les béneficiaires, les militants préférant ceux qui contestent cette logique? Ou les victimes?
L'autre conséquence de la dynamique de confusion c'est qu'en cas de majorité sortante reconduite, la pression à la synthèse générale risque d'être forte. Le discours sera celui là: Quitte a tout mélanger, ne nous arrêtons pas en chemin! Tous unis derrière F.Hollande, voilà la perspective. Ou comment vérifier que le ridicule peut être mortel. Je forme le voeu que nous sachions éviter ce suicide collectif.

On connait tout de la fin des éléphants; on n'ignore rien du suicide des baleines; Mais on n'a jamais pu prévoir la fin d'un parti politique; Il arrive parfois qu'il survive des années alors qu'il est mort depuis longtemps (le parti radical en est l'exemple séculaire). Parfois il disparait alors qu'il vient de gagner largement (le RPR en est le dernier avatar). Parfois, telle une planète éloignée, il luit encore quand il n'est plus déjà qu'une terre abandonnée par la vie (d'une certaine manière c'est le cas du parti communiste). En fondant le NPS nous avons voulu éviter ces sombres destinées pour notre parti. Nous avons fait le pari de la stratégie de la mue du lézard en espérant que le parti socialiste pourrait changer de peau sans mourir et devenir ainsi le nouveau parti socialiste. C'était notre pari de Dijon. C'est encore celui du Mans. Constatons donc avec regret qu'à ce jour il ai plutot choisi de se lézarder. De quel avenir va t 'il décider de se doter dans quelques jours? C'est tout l'enjeu du vote du 09.

Certains jours, au Mans, la Sarthe se vetit d'un épais brouillard qui disparait à mesure que le jour gagne. On dit qu'à l'époque quelques pauvres gens cherchaient à y lire les signes d'un avenir moins incertain. Il se dit que, parfois, dans le brouillard finissant, ils apercevaient des fantomes; Selon qu'ils souriaient ou étaient tristes, chacun savait à quoi s'en tenir. Quelque soient les résultats de Mercredi, j'irai donc sur les bords de la Sarthe espérant y trouver quelque assurance pour ce parti que nous aimons tant. J 'irai quoiqu'il arrive. Car, par la grace de l'actuelle direction que je remercie sincèrement, je suis au moins sur d'une chose. C'est d'y trouver du brouillard. Beaucoup de brouillard.