30 octobre 2005

Long road to Le Mans 7: Entre division et confusion

A la Toussaint, et à quelques 10 jours du vote dans les sections on peut faire un premier bilan:Sans savoir encore ce que ce Congrès apportera, on sait déja ce qu'il a vu périr.

Enterré l'espoir d'une analyse critique de 3 ans d'hésitations stratégiques et du chaud et froid électoral auquel nous semblons nous résigner:En 2002 la débacle electorale; en 2004 l'espoir d'un renouveau dont nous devrions reconnaitre ce qu'il doit aux erreurs de Raffarin et à la dynamique du mouvement social ; en 2005 un référendum ou, pour la 1ère fois, le parti officiel a fait campagne contre la très large majorité de l'electorat de gauche. Autant de mouvements erratiques qui auraient mérité un congrès de réflexion sur les raisons de ces échecs entrecoupés d'espoirs.
Las, comme à Dijon:Interdit de penser! Ceux qui comme nous s'y essaient sont aussitot accusés d'affaiblir le parti. Et la nouvelle prose du vrai-faux retraité Jospin rappelle aux impertinents dont nous sommes qu'il n'y a rien à apprendre d'un passé où seuls les divisions de la gauche et un peuple au comportement électoral "léger" sont à blamer. En imposant aux militants cette stratégie de la tête dans le sable, la direction actuelle du parti prend la responsabilité d'interdire au parti toute possibilité de rénovation; Seule l'analyse de ses erreurs et la recherche des moyens de les dépasser fait grandir. En rapetissant le parti, la direction ouvre un espace inespéré aux forces situées à la gauche du parti.

Enterré aussi l'enthousiasme d'un Congrès qui se serait voulu véritablement celui du projet. Tout est fait pour chloroformer les débats. Et si la direction actuelle peut s'ennorgueillir d'un succès c'est bien celui là. Allant sur tous les fronts répétant que tout le monde dit pareil et que le plus important c'est l'unité du parti, F. Hollande poursuit son entreprise systématique de dépolitisation. En même temps qu'il réclame un parti volontaire, il fait tout pour tuer dans l'oeuf tout débat véritable, transformant le congrès du Mans en simple conseil de discipline pour militants non respectueux des choix de la majorité quand il devrait être l'oral de rattrapage du travail non realisé à Dijon. C'est le Congrès "Dunlopillo":Dormez, dormez camarades, la direction s'occupe de vous. Et si d'aventure, par la grace des déchirures du couple Sarkozin-Villepy, nous revenions au pouvoir en 2007, par pitié continuez à dormir. Nous, on sait ce qu'il faut faire. Cette stratégie de l'édredon dans l'opposition prépare l'incapacité à réformer demain: Si elle ne peut s'appuyer sur la mobilisation de ceux qui ont intéret à la réforme, la gauche décevra à nouveau au pouvoir .

Enterré enfin l'examen de conscience de quelques puissantes fédérations du parti qui, au lendemain du référendum semblaient s'ébrouer en se posant quelques questions. Cela n'a pas duré longtemps. Les premières chaleurs de l'été auront eu raison des déclarations martiales du Pas de Calais et des Bouches du Rhone. Les muscles saillants exhibés au conseil National de Juillet par le dépot de contributions-quelle audace!-se sont révélés n'être que gonflette pré-plage. Dans ces fédérations où le oui a fait plus de 60% au référendum interne...et le non plus de 70% dans la population(plus de 80% dans l'electorat de gauche), le néo-molletisme triomphe:On ne compte plus les militants qui ayant voté oui dans le parti ont voté non au réferendum; Mais silence dans les rangs ; Pas une voix ne doit manquer au camarade 1er secretaire. Au nom d'une tradition bien établie dans le parti, il serait même bien pour la fédération qu'il y ait plus de voix que de militants!

Voilà où nous en sommes. Et pourtant. Dans chacune des réunions de présentation de motion, on sent que ce système recroquevillé sur lui même ne fonctionne plus. Il s' effrite, nombre de militants rejoignant notre texte ou celui de L Fabius. Cela sera -t-il suffisant pour créer une nouvelle majorité?Nous verrons bien sous peu. Mais d'ores et déjà on sent le moment de la rénovation proche. Ce système ne peut pas durer. Il ne peut traverser sans lourds dommages une désignation présidentielle qui s'annonce délicate. Et ne peut pas plus s'offrir à un retour providentiel qui divisera le parti comme la gauche bien plus qu'il ne consolidera l'édifice.

Alors? Alors, soit dans les 10 jours qui viennent nous arrivons à convaincre suffisamment de camarades que le temps de la rénovation est venu, et nous redonnerons des chances à notre parti et à la gauche; Soit il faudra encore un peu de temps. Et dans ce cas il importera de ne pas se dissoudre dans une pseudo synthèse qui ne convaincra personne. Divisé sur le projet, divisé sur les candidatures, le parti doit apprendre à vivre ensemble avec ses désaccords tandis que la rénovation doit apprendre à patienter en se préservant.

Au célèbre congrès de Toulouse, source du PS balbutiant du début du 20 ème siècle, dans un magnifique et prophétique discours de lucidité et de vérité, Jean Jaurès expliquait:"Mieux vaut se diviser sur des formules nettes que se confondre sur des formules obscures". Pouvons nous trouver meilleur guide?

21 octobre 2005

Long road to Le Mans 6: La motion Jospin

Il est un texte qui ne sera pas soumis au vote des militants puisque, par essence, il ne se discute pas. Ce texte n'est pas dans le Congrès, il est au-dessus de lui. Il est la lumière qui renvoit dans l'ombre les 5 motions définies charitablement par son auteur comme intéressantes, la motion 1 étant jugée par lui comme la plus raisonnable ce que d'aucuns justement lui reprochent. Il est un texte qui s'invite dans le congrès, par le seul hasard parait-il d'un calendrier éditorial qu'on ne peut maitriser. Il est une 6ème motion, au statut spécial, la motion Jospin.

Co-incidence. Sans aucun doute. Initialement programmée pour paraître début Septembre,"Le Monde tel que je le vois" a finalement été lancé à moins d'un mois du Congrès. Il faut dire que les socialistes manquaient un peu de lecture ces dernièrs temps. Entrainés tout l'été à avaler les 5 cahiers de contributions des plages adressés par leur 1er secrétaire, ils n'ont fait qu'une bouchée des 5 motions,1 seul cahier! Dès lors, malgré les soirées de présentation des motions, l'ennui menacait. Merci donc au camarade Lionel de n'avoir pas oublié ses amis et de leur offrir ses complètes reflexions sur le Monde d'aujourd'hui.

La chance -appelons la comme cela- m'a été donnée d'avoir pu lire, disons plutôt parcourir, cet ouvrage dont toute la presse parle. Rien de bien surprenant. Ni le style: austère. Ni le propos: doctoral. Ni le regard:critique sans aucune auto-critique. C'est du Jospin d'avant, du Jospin éternel. A noter simplement des "nous"qui s'adressent aux socialistes, moins nombreux certes que les "je"mais en nombre significatif. Et des combats qui se dessinent pour demain: contre le libéralisme et contre la Droite qui le promeut.

Le reste n'est que trop prévisible. Comme la campagne qui se met en place: d'un côté, la main sur le coeur, on jure que cet ouvrage n'est qu'une réflexion sincère et désintéressée sur l'état du monde et du pays d'un citoyen-militant-retraité et heureux de l'être. Et de l'autre les supporters se réactivent: M.Aubry,M.Valls, B.Poignant sont déjà partant pour le retour aux côtés de D.Vaillant; F.Hollande l'imagine possible s'il est "articulé" avec lui. La vitesse avec laquelle les amis de DSK et de L.Fabius s'empressent à minimiser l'évènement rajoute à la réalité de la possibilité du retour. Il est même des dirigeants qui en dessinent le scénario: une pagaille au PS avec de nombreux candidats dont aucun ne s'impose. Un appel à l'unité des socialistes et au rassemblement derrière le sage Lionel. Résultat de cet improbable scénario: et hop, la présidentielle est dans la poche puisque la défaite de 2002 est un accident. Lire à ce sujet la stupéfiante analyse du 21 avril dans l'ouvrage précité. La défaite, c'est la division de la gauche. Point final.

Tentons donc une analyse du congrès après cette publication:
1/La motion 1 compte dans ses rangs un nouveau candidat. Il ne se déclare pas, ne se soumettra pas à des primaires, mais ne refusera pas qu'on vienne le chercher puisqu'il veut être utile.

2/Voter Hollande, c'est pré-investir Jospin. Un premier secrétaire reconduit au Mans mais affaibli par les critiques de moins en moins discrètes venant de sa majorité sera fortement tenté de rebondir en organisant lui-même l'appel à Lionel pour ne pas laisser à d'autres le soin de le faire. Parions que tel Maire d'une grande ville ou tel Président du Conseil général d'une grande fédération saura le lui suggérer en temps utile.

3/Le congrès du projet est plus que jamais un congrès de présélection présidentielle. Nous sommes bien seuls à n'avoir pour candidat que notre projet.

4/2007:Ier secrétaire: F.Hollande. Candidat:L.Jospin... Ca ne vous rappelle rien? Quand on dit que la question clé du congrès du Mans c'est celle de la rénovation!

Faisons voter avec plus de forces encore NPS. Il y a urgence.

14 octobre 2005

Long road to Le Mans 5: L'hésitation.

Chaque soir, depuis 1 semaine désormais, les débats de motion se déroulent dans les fédérations et les sections. Et chaque soir, c'est le même scénario: la motion Hollande ne parle que d'unité et de respect de la parole des militants (ce qui revient à justifier des mesures d'éviction). Les motions Bockel et Utopia devéloppent leurs thèses un peu surréalistes avant que de se déclarer prêtes à rejoindre l'actuelle majorité (dont elles espèrent le succès au Mans). La motion Fabius insiste sur la réorientation à gauche du parti et sur le rassemblement. Et nous essayons, dans la crispation ambiante, d'appeler à une rénovation des idées et des projets à laquelle la sociologie moyenne des présents aux réunions (la moyenne d'âge est souvent bien supérieure à 60 ans) donne un caractère aussi rafraichissant que téméraire.

Le Congrès s'ennuie. Les salles sont assez vides. Aucun enthousiasme, rien ne semble pouvoir ébranler le parti. Seules quelques maladresses réveillent les auditoires. Recroquevillés sur les certitudes nées des déchirures du référendum européen, les militants s'ebrouent quand un des intervenants commet la faute d'y revenir. Pour se replonger aussitôt dans l'interminable train train de présentations de motion anésthésiantes à force que d'être prévisibles. Dans ce bal des mots dits sans surprises nous détonnons: pas de candidat à la présidentielle ce qui est de plus en plus original; et des propos qui surprennent sur le fond: La 6eme République? La République Européenne? La régulation sociale, écologique et démocratique de la mondialisation? Des audaces comparées aux tiédeurs des autre textes. Un souffle d'air frais qui fait du bien à tous.

Car malgré les certitudes, dès que nous pouvons developper nos thèses on sent bien qu'il se passe quelque chose. Tous nos camarades en attestent: parmi les participants aux réunions, même ceux qui ne se voient pas voter pour nous écoutent. Le temps d'uneprésentation, ils redeviennent disponibles à un discours qui leur semble vraiment nouveau à gauche. Ils recherchent dans ce que nous disons des points d'appui pour leur propre réflexion. Ils s'interrogent. Et ces moments en disent beaucoup sur l'état profond du parti.

Au fond de lui, au fond de chacun de ses militants et surtout au fond de ceux des militants de l'actuelle majorité, le parti hésite. Il doute de ces rituels de congrès prévisibles et de discours qui ne le sont pas moins. Pour la première fois depuis longtemps, les militants de la majorité n'y croient plus vraiment. Ils souscrivent aux paroles de leurs représentants mais ne les font pas leur. Cette fragilité nouvelle leur fait peur. Alors ils vont chercher dans leur appartenance de Dijon la sécurité rassurante que ce dérangement intérieur réclame. Mais la réalité oblige à reconnaitre qu'ils font semblant d'y croire tout autant que le font ceux qui présentent le texte de la majorité actuelle en s'épuisant à répéter unité, unité, unité.

Pour la première fois depuis des années, le parti hésite vraiment. Il sent le moment presque venu de la vrai rénovation. Mais il ne dispose pas encore des forces pour s'y livrer. Des militants passifs assistent par routine à des présentations sans reliefs et se réjouissent, quelques soient leurs choix de notre petite musique dérangeante. Il se joue dans ce congrès comme la dernière scène d'un chanteur fatigué. Le Mans sera t'il le dernier épisode du jeu de dupes d'un vieux parti qui n'y croit plus? Ou saurons-nous donner suffisamment confiance pour que la rénovation commence au Mans?

Rien n'est encore joué. Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, le parti profond n'a jamais été aussi prêt de se convaincre qu'il doit enfin changer. Un rien peut reveiller le congrès et en changer le cours. Soit nous voulons engager dès maintenant cette rénovation en gagnant au Mans et il faut aller plus loin encore dans les moyens d' y arriver. Soit le doute militant est laissé en jachère et il constituera immanquablement le terrain sur lequel se reconstruira une aventure qui a plus à voir avec hier qu'avec demain.

A nous donc de ne pas hésiter.

09 octobre 2005

Long road to Le Mans 4: Les dés sont jetés?

Avec les premières réunions de motion, le déroulement du Congrès se précise.
D'abord le casting. Le débat se structure naturellement autour des 3 principales motions, celle de la majorité actuelle, conduite par F.Hollande, la motion Fabius et la notre.

Dans leurs présentations, et au-delà de leur diversité,les camarades de la motion Hollande insistent sur l'unité du Parti, le rassemblement et le peu de différences existant, selon eux entre les textes. A les entendre, le Congrès qu'ils ont eux même voulu et convoqué dans la précipitation ne sert à rien. Tout le monde dit pareil, il n'y a pas de débat à avoir entre nous, d'ailleurs ce ne serait pas bon de se diviser tandis que la droite poursuit ses méfaits; C'est la perpétuelle stratégie de l'édredon; On l' a compris, moins il y aura de débat et de congrès, mieux cela. Les mêmes nous précisent d'ailleurs que si le texte de F.Hollande fait plus de 50%, le premier secrétaire sera naturellement reconduit dans ses fonctions.

Les amis de L.Fabius assument leur évolution de ligne et affirment la necessité d'une réorientation du parti à gauche. Ils critiquent assez durement la majorité actuelle tout en insistant sur la nécessité du rassemblement. Cela donne des présentations où alternent coups de griffes et appels au rassemblement.

Nos présentations sont souvent les plus suivies par les militants. Quelques soient leurs choix, les militants reconnaissent la cohérence et la force de nos argumentations. Souvent d'ailleurs, après les présentations, des camarades des autres motions viennent nous dirent qu'ils ont beaucoup apprécié ce que nous disons, sont d'accord...mais ne voteront pas pour nous! C'est tout le problème de ce Congrès qui hésite entre torpeur à laquelle contribue l'approche anésthésiante de la majorité actuelle et profonde volonté de changement sans que celle-ci n'ait encore sa forme définitive.

Nous devrons donc réfléchir sans tarder à la forme que devra prendre notre engagement de Fouras, la majorité alternative et le contrat de majorité. Car,nous arrivons sans difficultés à convraincre qu'il est impossible que le message du Mans soit la reconduction de F.Hollande. Mais tant que nous ne donnons corps à l'alternative à ce scénario, nous ne pourrons convaincre les hésitants, ceux qui ne veulent plus de la reconduction mais ne souhaitent pas non plus nous donner un chèque en blanc, sans savoir clairement ce que nous en ferons.Si nous voulons nous donner les chances de gagner ce Congrès, il est indispensable de remplir ce vide stratégique avant le vote sur les motions.

Ps: Je ne comprends pas les déclarations maladroites sur la victoire probable de F.Hollande. Rien n'est fait si nous nous donnons les moyens de la réussite.